Dimanche 1 mars 2009 7 01 /03 /2009 09:57

 



L’INTRAITABLE BEAUTE DU MONDE



EDOUARD GLISSANT
PATRICK CHAMOISEAU



GALAADE - AUTEUR DE VUE
wwww.galaade.com

INSTITUT DU TOUT-MONDE, janvier 2009
wwww.tout-monde.com
   
 



« C’est une rumeur de plusieurs siècles.
Et c’est le chant des plaines de l’Océan.
 »

 

Qui d’autre qu’un poète peut parler du Monde futur comme celui de la diversité réalisée, sans provoquer chez le lecteur ce haussement d’épaule qui sanctionnerait l’utopie ? La poésie fait voir autrement, elle ouvre à la conscience ce qui se joue dans le Monde et qui ne suit pas les règles actuelles de l’économie internationale.
Yes, we can !

 


Dans son poème de 57 pages petit format, Edouard Glissant met les horreurs du racisme en perspective et adresse sa vision à Tout-Monde et d’abord à Barack Obama (à qui ce livre est dédié). Comment faire pour que s’épanouissent sans s’écharper ni fusionner les innombrables communautés dans le Monde ? On ne trouve pas de solution si on pose le problème en termes d’agression ou d’exclusion.  « En se touchant, en s’échangeant, les mondes ont engendré des espaces où nous devons apprendre à vivre ». La colonisation -sans en nier les horreurs- a participé à ce passage vers l’apprivoisement de la diversité : en effet, qu’il s’agisse des Européens ou des Arabes, leurs conquêtes ont été reliées à la connaissance. Et même, ce qui remonte du Gouffre, y participe : « ces Africains déportés ont défait les cloisonnements du Monde. Eux aussi ont ouvert, à coups d’éclaboussures sanglantes, les espaces des Amériques » …« Un monde avait laminé l’Afrique. Les Afriques ont engrossé des mondes au loin ».

 

La créolisation des mondes modernes ;

Elle prend inéluctablement le relais des traditionnelles exclusives ethniques, raciales, religieuses. Une politique de la diversité engendre la considération des humanités entre elles : en la matière, les Etats-Unis constituent une terre unique d’expérience car c’est un terroir contradictoire qui s’est construit de bric et de broc de peuples. La victoire d’Obama n’est pas la victoire des Noirs mais la victoire d’un peuple dépassant sa propre histoire ségrégationniste. Et cette vague libératrice s’en va baigner les rives de la mémoire collective mondiale, « un coquillage, une conque touchent là un crâne, ici le limon bouge, libère une bulle qui monte du fond de l’Océan, non pas pour hurler, se plaindre ou haïr, mais juste, chargée de hautes ténèbres, pour s’offrir tranquille à la lumière ».

La créolisation travaille aujourd’hui en sous-sol, ses racines s’étendent comme celles du rhizome et contrairement aux racines dressées et uniques qui souvent détruisent leur environnement, le rhizome renforce la végétation alentour, il met sa matière à la disposition, à  la portée des autres.

 

La créolisation n’advient pas avec le mélange des gènes,

… ni par un mixage culturel mais par la mise en relation des imaginaires. Quand Barack Obama s’est présenté, les Noirs ne le trouvaient pas assez noir et les Blancs, pas assez blanc. Qu’il ait réussi à unir sur son nom les deux communautés Blancs et Noirs montre que la politique des Etats-Unis commence à prendre acte d’une réalité, celle de la composition sociale de sa Nation. La « multiplicité » est entrée dans la conscience politique des Américains, « la créolisation ne laisse pas disparaître ses composantes mais les aide au contraire à se reconstituer ».

 

Une poétique de la Relation

Une fois que les mutations se sont faites dans les imaginaires  -n’était-il pas impensable, il y a si peu de propulser un noir à la tête des USA, alors que cela semble si évident aujourd’hui?- une fois qu’il naît une volonté de ne pas revenir en arrière, de ne rien imposer du passé -et surtout pas des idées- alors la place est libre pour le plaisir de chercher et de trouver d’autres voies, d’autres lieux de rencontres, d’autres façons de gérer le Monde.

 

Quelles actions pour le Tout-Monde ?

● Arrêter d’opposer au racisme un contre-racisme où chacun cherche son Nègre, son préfet nègre, son présentateur de télévision nègre… « … je peux changer en échangeant avec l’autre sans me perdre pourtant ni me dénaturer. Le Tout-Monde se cherche autant qu’il se trouve, s’invente autant qu’il s’imagine »

● Equilibrer les flux incontrôlables d’immigration des pays pauvres vers les pays riches par des mesures qui ne soient pas d'effet immédiat, irrévocable et irréparable.

● Nommer les Afriques noires au cœur des urgences.

● Créer un tribunal international pour  juger les crimes économiques, financiers, environnementaux.

● Redistribuer sous couvert d’une autorité mondiale les endroits d’abondance et de pénurie.

 

« Ecoutez, c’est le cri du monde, la voix des peuples

et  le chant joyeux ou meurtri des pays »

 

Par Colette Tournès - Publié dans : Lire écrire échanger - Communauté : Vers un "Nouvel Humanisme" ?
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Commentaires

Un très beau titre... Bienvenue dans la communauté des Passeurs d'espoirs !
Commentaire n°1 posté par Ptitsa* le 03/03/2009 à 10h12

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