Décembre 1968, il y a 40 ans, tandis que nous étions en Algérie pour le travail et pour un temps
limité, il nous fut proposé d’étrenner une forme nouvelle de tourisme, un séjour chez l’habitant à El Ateuf, l’une des sept villes du Mzab, bâtie dans le grand désert saharien. Cette
occasion de mieux connaître un pays où nous ne faisions que passer mais pour lequel nous avons eu de suite un coup de cœur, nous ne l’avons pas manquée.
Petit retour en arrière
1962 : après sept ans de combats, l‘Algérie conquiert son indépendance ; le 18 mars 1963, elle signe avec la France les accords d’Évian et devient un État.
Deux États vont désormais devoir s’accommoder d’une nouvelle forme de relation égalitaire alors que l’Algérie se trouve bien évidemment en infériorité économique et historique. Mais, cela n’empêche pas l'Algérie, comme l’a dit plus tard le colonel Boumediene devenu président, de pratiquer une diplomatie à l'image de son peuple : fier, incommode, rebelle et qui ne s'aligne pas.
1965 : des accords pétroliers accroissent fortement les ressources de l’état algérien.
Cette même année, Ben Bella, le premier chef d'état algérien, est écarté du
pouvoir et remplacé par le colonel Boumediene qui restera à ce poste jusqu’à sa mort en 1978 ;
1967 : le général Tahar Zbiri, à la tête d’une colonne de chars, tente de renverser le régime, il échoue.
1968 : après un attentat manqué en mars contre sa personne le président Boumediene durcit un
pouvoir qui va y gagner en stabilité.
Où en sont alors les relations entre la France et l’Algérie ?
Nous en sommes témoins, le peuple algérien ne manifeste envers ces émigrés provisoires que nous sommes, ni rancune ni sentiments négatifs. L’ancien colonisateur -nous en faisons partie- sait-il dans le même temps ne plus traiter les anciens colonisés comme des inférieurs? Il est clair en Algérie que ce n’est pas le cas et que le peuple algérien aspire vivement à ce que la France et les Français aient à son égard la même considération et le même respect qu’ils ont pour tout autre Etat. Il aimerait même qu’un passé commun et la proximité de leurs deux Terres, baignées par une même mer, fassent de lui un interlocuteur privilégié.
La demande qui nous a été faite par notre boucher mozabite, de venir en hôtes payants,
chez lui, dans sa ville du Mzab, nous la recevons comme ce désir d’ouverture à des relations d’où l’amitié ne soit jamais exclue. Donc, ce matin de décembre, nous quittons Alger dans deux
voitures, chacune emportant un couple et ses quatre jeunes enfants.
Blida, puis les gorges de la Chiffa passées au petit matin. La route est accidentée après les gorges, nous entrons dans la région des hauts plateaux et dès Boghari, le désert commence. Rien à
voir avec un désert de carte postale : des plateaux rugueux, sans âme qui vive, ni homme ni animal. Une terre brune, gorgée de cailloux et de rochers. La chaîne des hauts plateaux est d'abord
orientée est/ouest, puis elle s’incline vers le sud. La route suit les mouvements du terrain, tout juste assez large pour que deux voitures s'y croisent. Malgré les 430 kms qui séparent Alger de
Laghouat, nous atteignons cette ville à temps pour déjeuner. Le 18 décembre 1967, le colonel Tahar Zbiri a tenté, à la tête d'une colonne blindée
remontant du désert, de renverser le régime du colonel Boumediene et bien que le putsch date d’un an, nous serons à l'entrée et à la sortie du moindre village, contrôlés par l’armée. Des
contrôles très pacifiques qui permettent à un officier, heureux de trouver quelqu'un à qui parler, de nous vanter les charmes de cette superbe ville qu’est Laghouat. A visiter une autre
fois !
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