Sur appel d’offre de l’acsé –agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des
chances- le Centre Interculturel de
Documentation de Nantes a publié en 2007 une synthèse
intitulée,
Histoires et mémoires des immigrations
en région Pays de la loire
conçue et rédigée sous la direction de Stéphane Beaud en collaboration avec Chadia Arab, Alain Gallerand, Brahim Hadjar, Karine Meslin.
Cette synthèse venait à point retracer les principales étapes d’une immigration régionale, qui jusque là n’avait guère retenu
l’attention des chercheurs. On trouvera ci-dessous une brève analyse de cette étude (fichier PDF, 10 pages) que l’on peut se procurer à :
acsé, direction régionale Pays de la loire
33 rue de
Strasbourg, 44000 Nantes ;
tél : 02 40 89 94 70 – fax : 02 40 89 94 79
Dans la région ligérienne (Pays de la loire), jusqu’à la première moitié du 19° siècle, on se préoccupe peu de dénombrer et de contrôler les « étrangers » dont le nombre est trop faible pour que leur présence pose un problème identitaire. Et d’ailleurs, à cette époque, la notion que l’on a de l’étranger est plus celle de l’étranger à sa propre ville que de l’étranger au sens juridique du terme, c'est-à-dire étranger à la Nation. Un exemple, à Nantes, lors du recensement de 1851, premier recensement où apparait la catégorie « étranger » (au sens juridique du terme), on trouve également la catégorie « population flottante » qui distingue les vrais nantais des étrangers à la ville. Cette dernière catégorie disparaîtra dans les recensements suivants.
A l’échelle régionale, en 1851, on ne recense que 1798 étrangers, soit 0,08% de la population, un taux qui restera stable jusqu’en 1911. Ces étrangers sont Britanniques, Polonais, Italiens, auxquels viennent s’ajouter Belges et Allemands. Ils ont un point commun, une origine sociale aisée.
Tandis que le recensement de 1893 fait apparaître sur tout le pays, une augmentation de l’immigration et un changement de l’origine sociale des immigrés qui viennent en France pour y trouver du travail (et souvent du travail dont ne veulent plus les autochtones), dans la région ligérienne, l’industrialisation attractive pour la main d’œuvre étrangère, sera jusque dans les années soixante, limitée à quelques grands centres. Quant à l’agriculture, autre secteur importateur de main d’œuvre, elle bénéficie de migrations internes en provenance de Bretagne et de Vendée ; l’immigration en Pays de la loire ne suivra donc pas la progression observée dans le pays.
L’après guerre de 14-18
L’étude dirigée par Stéphane Beaud est particulièrement passionnante à partir de cette date, parce qu’elle montre que si globalement, l’immigration dans la Région y était inférieure à la moyenne nationale, certaines de ses petites villes ont été profondément marquées par un afflux brutal d’immigrants, dû le plus souvent à des raisons politiques.
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Les Polonais de Couëron
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Les réfugiés espagnols
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La guerre civile espagnole qui durera trois ans (1936/1939), entraînera la fuite vers la France de milliers de personnes qui craignent pour leur vie du fait de leur soutien aux Républicains. |
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« …Dès 1936, la ville d’Ancenis accueille 236 réfugiés, acheminés jusque-là par des bateaux anglais. Puis, à partir de 1939, l’Etat français accepte de répondre à la demande d’Alvarez del Vayo, ministre espagnol des affaires étrangères, et d’accueillir les défenseurs de la République dont la vie est menacée. A partir de la date de cet accord, chaque préfet doit prendre en charge et répartir un contingent de réfugiés. La ville de Châteaubriant conserve des traces écrites de cette période… Dans cette ville, l’accueil des réfugiés espagnols suscite d’abord certaines réticences. Mais, au fil des jours, il prend une tournure plutôt volontariste et mobilise des associations de différentes obédiences. Des témoins de l’époque rappelleront d’ailleurs que la venue des réfugiés espagnols a été l’occasion d’un premier rapprochement entre deux camps traditionnellement hostiles : les catholiques d’un côté et les laïcs de l’autre. » |
L’étude fait ensuite état du parcours de ces « étrangers rouges » (donc inquiétants pour la population), depuis Châteaubriant à Moisdon-la-Rivière, en passant par les camps de réfugiés et toujours menacés d’être expulsés vers leur pays d’origine. |
De 1945 à 1974 : les trente
glorieuses.
Une présence étrangère qui se généralise
« La fin de la seconde guerre mondiale se traduit par l’arrivée massive des migrants originaires du Portugal, mais aussi par celle des ressortissants des anciennes colonies, et notamment de l’Algérie, à qui les entreprises françaises font appel. Ce changement de visage de l’immigration se voit surtout dans les grandes villes comme Nantes, Angers et le Mans, ou dans la ville industrielle de Cholet. Mais on le constate aussi dans certaines petites villes industrielles, devenues des sortes d’ilots d’immigration comme, par exemple, Chateaubriant en Loire-Atlantique. »
Les Algériens, Marocains et Tunisiens des grandes villes et des grandes
entreprises
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Ils viennent travailler dans le bâtiment, pour la pause des voies ferrées qui traversent la Sarthe, au centre de tri de la SNCF, à l’usine Renault du Mans, à l’usine Michelin de Cholet… |
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« D’une façon générale, on peut retenir que, dans la région comme ailleurs, l’arrivée de ces hommes n’est pensée qu’en lien avec le travail, de sorte que leurs conditions objectives de vie en dehors de l’usine ne sont pas clairement réfléchies. Les modes de logement des hommes, le long des chantiers, dans des baraquements de fortune ou des wagons vides, suscitent, dans les années 1960, l’indignation de certains habitants de ces villes. A cette époque, se structure d’ailleurs tout un mouvement militant de soutien aux immigrés. » |
Parmi les mouvements militants de
soutien aux immigrés, il faut citer le GASPROM à Nantes, une association créée sous la dénomination d’ASPROM et animée par des militants du Secours catholique et des sympathisants.
Dans le même temps, certains migrants exilés s’organisent, par exemple ceux qui entourent le créateur algérien de l’ATAM au Mans.
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Les Turcs et les Portugais de Châteaubriant
« Châteaubriant, commune de 13.000 habitants située au Nord de la Loire Atlantique, fait partie des petites villes qui ont été profondément marquées par l’immigration des années dix-neuf cent soixante et soixante-dix. Les immigrés turcs et portugais ont été sollicités par l’ONI dans leur pays d’origine, pour répondre à la demande pressante de main d’œuvre ouvrière de la Fonderie Huard. Le travail dans cette usine y était particulièrement pénible et de ce fait boudé par les ouvriers locaux ».
L’étude suit le parcours des Portugais, arrivés les premiers au début des années 1970, puis celui des Turcs, tous
travailleurs « bouffant les cadences » pour subvenir aux besoins de leurs familles restées au pays. Elle évoque le regroupement des familles, puis, pour certains, l’installation
définitive en France. Elle évoque aussi un crime raciste, commis en 1994, qui provoqua la création de l’association Rencontres dont le but
fut d’empêcher le renouvellement de tels actes. « L’an
passé, l’Association fêtait la date anniversaire de sa création. Elle incarne, en quelque sorte, la mémoire de ce tragique épisode à l’heure où, contrairement aux Portugais, les Turcs et leurs
enfants ont conservé une grande visibilité, sont restés dans le quartier le plus stigmatisé de la ville, tout en développant une assez grande activité économique dans l’artisanat (maçonnerie,
petits commerces, etc.) ».
1974, la présence étrangère régionale amorce son rattrapage…
« Aussi paradoxale que cela puisse paraître, c’est après la suspension de l’immigration de travail que la région des Pays de la Loire voit la part de sa population immigrée augmenter, alors que cette part se stabilise à l’échelle nationale. Cette augmentation s’accompagne d’une diversification, et des origines des migrants, et des raisons de leur venue. L’exemple des réfugiés du Sud-est de l’Asie éclaire ce changement de période. »
Les réfugiés du Sud-est de l’Asie à Nantes, Angers et Cholet
« Lorsque les ressortissants du Sud-est de l’Asie arrivent, du milieu des années soixante-dix à la fin des années 1980, l’immigration
de travail vient d’être suspendue. Mais les boat people – c’est ainsi qu’ils seront couramment
désignés – sont accueillis en France au titre de réfugiés politiques. Ils bénéficient même d’un véritable élan de solidarité nationale. Le gouvernement et la société civile en sont parties
prenantes. Dès 1975, l’Etat met en place une politique de quotas, qui leur permet d’être accompagnés sur le territoire français en grand nombre, sans réel risque de se voir refuser le titre de
réfugié et la protection qui lui est associée. Puis, une fois en France, ces réfugiés sont pris en charge par un maillage d’associations et d’institutions. »
Les chiffres de leur accueil manquent pour la Région ; pourtant on sait qu’en 1999, alors que les personnes nées au Cambodge, au Laos et au Vietnam constituent 3,8 % de la population
immigrée française, elles représentent 6,1 % de la population immigrée des Pays de la Loire. Pourquoi ? Il est possible que la Région, de tradition catholique et placée politiquement plutôt
à droite, ait été présentée comme idéale pour accueillir des « victimes du communisme ».
Un très long passage est réservé dans l’étude de Stéphane Béaud à l’insertion des
réfugiés du sud-est asiatique dans la communauté française et dans la communauté ligérienne. Il est à lire intégralement.
Diversification de l’immigration en Pays de Loire depuis 1974
A partir de 1974, l’immigration en Pays de Loire se diversifie avec un poids croissant de l’immigration d’Afrique subsaharienne, depuis 1990 et un moindre apport d’immigrés venus d’Europe.
« La période des années 1990, comprise entre les deux recensements de 1990 et 1999, est intéressante à analyser en ce qu’elle a mis au jour des tendances, semble-t-il durables, de l’immigration en Pays de Loire. D’une part, une croissance moyenne du nombre d’immigrés en relative hausse (1650 personnes par an), d’autre part, un net recul de l’immigration européenne classique (Portugal, Espagne, Italie) ainsi que de l’immigration maghrébine, sauf en provenance d’Algérie (regain d’immigration due certainement aux répercussions des années noires de la première moitié des années 1990), qui va de pair avec une hausse de l’immigration provenant d’Afrique Noire et d’Asie. »
« La piste de l’installation/sédentarisation des étudiants africains dans les grandes villes universitaires (Le Mans, Angers, Nantes) serait certainement à explorer. Dans le matériau d’entretiens recueilli, on est frappé par la récurrence de cas d’immigrés d’Afrique subsaharienne qui s’installent à Nantes, après un premier séjour, assez long, en région parisienne. Semblent ici jouer de manière combinée une certaine attractivité nantaise qui comporterait une dimension de proximité (un réseau familial qui a fait souche) et une dimension d’environnement - écologique (ville verte et saine), politique (ville de gauche), et culturel – qui en feraient une contrée plutôt accueillante aux immigrés ? »
La lecture intégrale de cette synthèse s'impose à qui s'intéresse à l'immigration en Pays de la loire, d'autant plus qu'elle s'appuie sur de très nombreuses références.
NDLR: Le Programme de recherche « Histoire/mémoire des immigrations en régions », lancé par l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (l’Acsé), a eu
pour objectif de réconcilier les Français avec leur passé, y compris post colonial, puisqu’il s’agissait d’obtenir une rétrospective de l’apport des étrangers à l’histoire de France, sous forme
de récit historique, contextualisé en fonction des caractéristiques de chaque territoire, à partir de 1789 jusqu’à nos jours, de manière à remettre à la Cité nationale de l’histoire de
l’immigration (CNHI) des résultats de recherche pouvant être ensuite approfondis ou valorisés par ce musée.
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