Mercredi 22 juillet 2009 3 22 /07 /2009 10:29

Université de Nantes

"...Penser la question du développement, décrire ou découvrir de manière raisonnée des mondes dits en développement, ne sont pas des expériences faciles à mener... Entrer dans ces problématiques par la littérature, en s'appropriant collectivement des auteurs et leurs textes, telle fut la proposition faite aux étudiants en licence 3 de géographie de l'Université de Nantes. ...." v article

Les étudiants nantais, par petits groupes, eurent à se saisir d'un-e auteur-e africain-e et de son œuvre, à en écrire une biographie adaptée, à en faire l'inventaire bibliographique, à sélectionner quelques extraits et à décrire ce qu'ils avaient perçu du pays de l'auteur-e.



44Sans frontières
a eu l'autorisation de publier quelques-unes de ces études
Ci-dessous,
la rencontre de trois étudiantes et de l'écrivain malien Moussa Konaté


Né en 1951 à Kita au Mali, il est diplômé des lettres de l'Ecole normale supérieure de Bamako. Acteur fortement impliqué dans son milieu, il a été depuis 1985 au cœur des efforts de développement du village de Sanankoroba, qui favorise l'autonomie, l'action citoyenne, et renforce la prise en charge effective de leur développement par les populations. Il a enseigné quelques années, avant de se consacrer à l'écriture et de fonder en 1971, les Éditions du Figuier (1), devenant ainsi le premier écrivain éditeur du Mali. Amoureux de littérature francophone, il travaille actuellement à la diffusion du savoir au sein du monde rural, à travers des publications en langues nationales du Mali. Il est aujourd'hui co-directeur du festival  Étonnants voyageurs de Bamako au Mali. Il a reçu en 2005 le Prix Sony-Labou-Tansi. Il vit actuellement à Limoges.

(1) Les éditions du Figuier ont été créées en janvier 1997 avec pour objectif initial la promotion de la littérature enfantine et de la jeunesse, qui était pratiquement inexistante au Mali. La publication en langues nationales a pour objectif de mettre à la disposition des enfants des campagnes, des outils pour consolider la connaissance écrite de leur langue maternelle, à travers des contes tirés de leur terroir. Le Figuier s'est enrichi depuis, de plusieurs titres dans diverses collections (essais politiques, économiques, romans, albums photos). Cependant, la littérature enfantine et de la jeunesse constitue l'essentiel de sa production.

 

LE MALI   

Ce pays est envahi par la France en 1883 : l'actuel Mali est alors appelé le Soudan français et c'est une colonie française. Le Soudan français est issu des anciens empires du Ghana, du Mali et du Songhaï, son chef lieu est Bamako. Il est divisé en 21 cercles, unités de division territoriale. Ses habitants sont des touaregs, des bambaras et des sarakholés.


   


Le 4 avril 1959 le Sénégal et le Soudan se regroupent pour former la Fédération du Mali. Elle accède à l'indépendance en 1960. Le Sénégal s'en retire pour déclarer sa propre indépendance et le Soudan, en prenant le nom de Mali fait de même. Il prend Bamako pour capitale.

L'islam est la principale religion du Mali.

 

 

 






















L'OEUVRE
La dualité de Moussa Konaté, déjà visible dans sa biographie du fait de son attachement à deux pays, représente presque chaque fois l’armature de ses œuvres.
 



On trouve donc souvent des personnages perdus, voire déracinés, reflets d’un pays qui après avoir été envahi par une puissance occidentale, se cherche une identité véritable. Sous la plume de l’auteur, le Mali apparaît à la fois jeune et vieux, marqué par de nombreuses souffrances, et encore plein d’espoir. Plus qu’opposé à l’Occident, c’est un pays qui semble s’opposer à lui-même, entre un Mali moderne, attirant mais dangereux, et un Mali traditionnel, sécurisant mais pourtant agonisant, inadapté au reste du monde. Entrent en jeu l’économie, les rapports sociaux, différents dans les villes et dans les villages traditionnels, et la religion, puisque l’on remarque souvent que l’Islam pratiqué par ses personnages reste mâtiné d’animisme.

La dualité de Moussa Konaté s’exprime également par ses projets d’écriture. Il se consacre beaucoup aux contes et à la littérature de jeunesse, ses visées pédagogiques sont indiscutables. Le but avoué de la création de la maison d’édition du Figuier est de transmettre aux enfants des connaissances sur la langue et l’identité de leur pays. Cependant, on remarque son application à éviter les clichés sur l’Afrique, et à sensibiliser ses lecteurs aux problèmes de ce continent, avec notamment des rappels concernant le fonctionnement des relations sociales, sur l’histoire récente du pays, des descriptions de paysages précises, voire même parfois lourdes… Des choses, donc qui ne sont pas utiles à des lecteurs maliens, mais nécessaires pour un lecteur occidental. Moussa Konaté présente un désir certain de lier et d’éduquer les deux continents, et surtout les deux pays auxquels il appartient.

Ainsi donc, son écriture en elle-même reflète cette dualité : clairement rattaché au cinéma africain (Nollywood, entre autres), avec parfois le choix de personnages volontairement simplistes, de descriptions/plans longs et lourds de sens, préfigurant la suite de l’action, et surtout, cette présence importante des dialogues, les livres de Moussa Konaté sont cependant écrits en français, dans une langue recherchée. On remarque même, au fil des années, une certaine perte d’originalité dans l’écriture, les mots paraissent plus convenus… Peut-être un autre effet de ses nombreuses lectures françaises, ou là encore, le besoin de fournir des œuvres plus classiques pour toucher plus facilement un lectorat jeune. Il reste que le déracinement, le dédoublement identitaire, représentent l’essence même de l’œuvre de Moussa Konaté, les extraits suivants en sont l’illustration.


LES EXTRAITS
 
 

Moussa Konaté, Le prix de l'âme,
Présence africaine, Paris, 1981

  Moussa Konaté, Khasso,
Éditions Théâtrales,
coll. Passages francophones, 2005
     

Résumé : Après avoir vendu tout leur mil aux autorités, comme le demandait le gouvernement, les villageois de Willimano sont confrontés à une terrible famine, causée par une sécheresse exceptionnelle. Beaucoup des habitants quittent leur lieu natal pour tenter de rejoindre la grande ville, mais Karim, le vieux chef du village, ne peut se résoudre à voir celui-ci mourir. La douleur, la faim, la religion et la folie le conduisent à aller voir les habitants, mettant en exergue la difficulté de maintenir un équilibre entre la tradition et la réalité moderne.

 

Résumé : On assiste au flash back d'un roi malien, celui du Khasso, sur l'époque de la colonisation de ce même royaume. Tradition, vengeance et lucidité se mélangent face à l'arrivée des Français.

Retour à la concession où l'on retrouve le roi et le griot comme dans la scène initiale.

     

"...Il fallut attendre longtemps encore que la lune entrât dans l'ombre, car on ne se réunit pas en pleine lune. Mais le jour opportun fut un jour pareil à celui qui avait vu Pâ s'effondrer dans les collines, la hache à la main. Et le jour d'après, la mort visita la famille de Niariga. On attendit les funérailles du troisième jour et aussi le septième. Tout cela était la volonté d'Allah (ainsi-soit-il !). Mais il y a des créatures de notre Seigneur qui sont des impies et des damnés. Fuir... Où peut-on s'enfuir sur cette terre? Comment peut-on penser pouvoir fuir l'œil du Créateur? Et pourtant il y en eût au village (maudite soit leur mémoire !) qui crurent se soustraire à leur destin. Un  jour Willimano s'était réveillé avec une famille en moins : elle avait disparu dans la nuit, fuyant la faim et la soif. On la maudit, on l'excommunia, on invoqua les feux du ciel sur ses descendants et sur l'âme de ses ancêtres.
Karim voulut prendre les devants, car tout compte commence par un. Il alla de porte en porte, malgré la volonté de Makan de l'en dissuader. “Écoutez-moi, gens de Willimano : vous n'avez pas le droit... vous n'avez pas le droit d'abandonner cette terre qui a vu naître vos ancêtres. Vous n'en avez pas le droit. C'est ici que nous devons mourir. Que le sacrifice de l'âme de Pâ ne soit pas inutile ! C'est ici que nous devons mourir...”

 

Sirimandjan :  Jamais je ne m'étais senti aussi seul que ce jour là, Kharifo. J'aurais donné tout l'or du monde pour ne plus être roi.

Kharifo : Il est plus facile d'être roi que de ne plus l'être, Majesté. Tu n'imagineras jamais assez quelle a été ma douleur de te savoir dans la situation qui fut la tienne. Pour moi aussi, ce fut un drame.

Sirimandjan : Et Diango est mort. C'est moi qui l'ai tué.

Kharifo : Ne dis pas ça, Majesté. Tu n'as fait que ton devoir.

Sirimandjan: J'aurai dû tenir jusqu'au bout, braver le Conseil et clamer que mon frère n'était pas un lâche et qu'il ne pouvait pas être condamné pour une faute imaginaire.

Kharifo :  Majesté, tu as jugé, non en ton nom, mais au nom du Khasso. Tu ne pouvais pas faire autrement.

Sirimandjan : Est-ce que mon acte a pour autant sauvé le Khasso?

Kharifo :  Il a sauvé l'honneur du Khasso. Des générations après notre mort, les hommes se souviendront du royaume que nous avons bâti et que tes aïeux et toi avez sauvegardé. L'ennemi, ce n'est pas la mort, Majesté, mais l'oubli. Or le Khasso sera dans les mémoires pour l'éternité.

Sirimandjan :  Mais les Français nous ont vaincus. Ils se sont emparé de nos terres, ils ont réduit mes sujets aux travaux forcés, ils les ont contraints à apprendre leur langue, à vivre selon leur coutumes, ils nous ont dépouillés. Où est notre royaume, Kharifo ?

Kharifo : Il est dans nos cœurs et dans notre mémoire. Les Blancs ont pris notre terre, ils n'auront pas notre âme.

  
 

Par Elisa CASTEL, Julia JACOB, Louise RAGON - Publié dans : Littérature des Suds - Communauté : melting pot
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