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Université de Nantes
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"...Penser la question du développement, décrire ou découvrir de manière raisonnée des mondes dits en développement, ne sont pas des expériences faciles à mener... Entrer dans ces problématiques par la littérature, en s'appropriant collectivement des auteurs et leurs textes, telle fut la proposition faite aux étudiants en licence 3 de géographie de l'Université de Nantes. ...." v article Les étudiants nantais, par petits groupes, eurent à se saisir d'un-e auteur-e africain-e et de son œuvre, à en écrire une biographie adaptée, à en faire l'inventaire bibliographique, à sélectionner quelques extraits et à décrire ce qu'ils avaient perçu du pays de l'auteur-e. |
Ci-dessous, la rencontre de trois étudiantes nantaises
et de l'écrivaine malgache Michèle Rakatoson
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Michèle Rakatoson, journaliste et écrivaine est née à Antananarivo, en 1948, dans un milieu bourgeois et
marqué par le protestantisme et les quakers. Elle effectue ses études à Antananarivo, avant de faire sa licence de lettres malgaches. Elle quitte Madagascar, en 1983, pour
des raisons politiques et arrive à Paris où elle obtient un DEA en sociologie. |
Elle fut boursière du Centre National des Lettres en 1988 et de l'Institut International du Théâtre en 1989. En 1990, elle bénéficie d'une résidence d'écriture à l'Université de Providence (USA).Elle habite actuellement (en 2003) à Paris où elle exerce la profession de journaliste et d'écrivaine à la radio (RFI et France Culture) et à la télévision (RFO). La place prépondérante et essentielle de la littérature dans sa vie s'explique, dit-elle, par le rôle de la littérature dans sa famille : son père était journaliste, sa mère bibliothécaire et sa grand mère écrivait des pièces de théâtre. Son oeuvre parle presque exclusivement de Madagascar, traquant en partie cette part de son enfance, comme une quête d'une mémoire perdue ou déniée. Le ressassement apparaît comme la seule forme apte à dire une île cruelle, née d’une histoire prédatrice qui se répète depuis l’origine. Exhibant l’effort, la progression, le procédé n’est pas un figement de l’écriture : repassant l’île, l’obsession, par le sas de l’écriture, les textes en font une dynamique de recherche. Dévoilant un mal insulaire profond, enfoui et «insu», le ressassement se fait traversée des apparences, signal et essai de thérapie.
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Madagascar, source principale de recherche et d'inspiration |
Les lieux où elle a vécu ont fortement influencé sont écriture, tout d’abord Antananarivo où elle naît et que l’on retrouve au centre de son oeuvre (Lalana et Dadabé,
par exemple), puis les petites villes et villages de son enfance (Ambatomanga…)
Le 31 mars
1999, dans un entretien pour l’émission de radio malgache «Échos du Capricorne» sur Fréquence Paris Plurielle, Michèle Rakotoson déclare : « ...qu'il y a une place pour les écrivains malgaches dans la littérature francophone, mais que la
question réelle à poser est : est-ce qu'il y a une politique culturelle à mettre en place, pour qu'il y ait des écrivains malgaches qui puissent exister ? »
En France, on ne connaît que deux auteurs malgaches cette dernière et Jean-Luc Raharimanana, ce qui montre une carence, or il y a des écrivains malgaches qui ne sont
pas édités« ...pourquoi on n'arrive pas à faire émerger d'écrivain à Madagascar ? […] Ce ne sont pas les écrivains qui manquent, c'est la volonté de faire émerger les écrivains qui manque.
Parce qu'en fait quelque part, un écrivain est quelqu'un qui dérange, c’est quelqu'un qui, quoiqu'on lui dise ne dira que ce qu'il aura envie de dire. […] Finalement une carence d'écrivain dans
un pays cela veut dire quelque part qu'il y a une carence de la parole, une interdiction de dire dans le pays».
Activiste, militante infatigable, elle s'engage activement dans les combats politiques à Madagascar, notamment pendant les événements de 2002, où elle organise la campagne de presse
internationale pour protéger les Malgaches en grève contre le régime de Didier Ratsiraka, président de l’époque. Elle devient marraine de nombreuses associations comme NGM (Nouvelle
Génération Malgache), aide à organiser des stages pour les éditeurs et organise des journées littéraires. Afin de mieux comprendre son investissement politique et ses inspirations, il est
intéressant de revenir sur le contexte politique malgache depuis 2002.
En 2001, le pays entre en pleine crise post électorale. Dès le premier tour, l'élection présidentielle est remportée par le candidat d'opposition Marc Ravalomanana, milliardaire et maire de la
capitale. Didier Ratsiraka est alors accusé par les partisans de Marc Ravalomanana d'avoir falsifié les procès-verbaux dans les zones enclavées qui constituent la majeure partie du territoire,
pour ménager un deuxième tour qui lui donnerait la victoire. Marc Ravalomanana s'autoproclame président de la République fin février 2002. Didier Ratsiraka érige alors des barrages routiers pour
asphyxier la capitale qu'il pense être la seule ville acquise à la cause de son rival : le pays est paralysé. Cependant, en avril 2002, la Cour en place se charge de procéder à la comparaison des
procès-verbaux des résultats. Le camp de Ratsiraka refuse de coopérer et de reconnaître les résultats. Fin avril 2002, Ravalomanana est déclaré vainqueur dès le premier tour. Il est légalement
investi dans ses fonctions une semaine plus tard. En juillet 2002, les pays occidentaux, les États-Unis en tête, et la France en dernier, reconnaissent la victoire de Ravalomanana. L'Union
africaine reconnaît la victoire de Ravalomanana en janvier 2003, suite aux élections législatives remportées par son parti.
Le premier mandat de Ravalomanana fut surtout dévolu à la continuation de la DSRP (document de stratégie de réduction de la pauvreté) : instauration d'une bonne gouvernance, lutte contre la corruption, promotion d'une croissance économique à base sociale très élargie, sécurité publique. Les priorités de l'état pour encourager un développement rapide ont surtout porté sur les infrastructures, le monde rural et l'environnement, la lutte contre le SIDA, l'éducation pour tous et le tourisme. Ravalomanana sera réélu en 2006. Au fil des années, les partis d'opposition accusent le régime de paralyser les entreprises locales. Le Président est également pointé du doigt par l'opposition pour avoir "éliminé" les entrepreneurs malgaches "performants", accaparé leurs affaires pour se placer lui-même dans tous les secteurs économiques bénéficiaires.
Depuis 2006, le régime Ravalomanana mène un bras de fer avec la commune urbaine d'Antananarivo dirigé par le maire révolté de la capitale Andry Rajoelina. En janvier et février 2009, de violentes émeutes secouent la capitale. Quelques partisans du maire de la ville manifestent, pillent et brûlent tout établissement susceptible de leur remplir les poches, sous prétexte d'opposition à la politique de développement du Président. Ces violences entraînent la mort d'une centaine de personnes. Andry Rajoelina, poursuivi par la justice après son coup d'état raté, se réfugie à l'ambassade de France le 6 mars 2009. La France abrite, d’ailleurs, déjà l'ancien président Didier Ratsiraka, en exil à Paris depuis 2003. En mars dernier, on craignait que les troubles ne débouchent sur une guerre civile, car depuis janvier plus aucun dialogue n’est possible et chaque camp (le régime de Rajoelina, l’opposition et l’armée malgache) durcit sa position. Depuis le 18 mars, Andry Rajoelina exerce la fonction de président de la République pour une transition ne pouvant dépasser 24 mois. Dans la même journée, il a affirmé que la lutte contre la pauvreté serait sa priorité.... on va tout faire pour que le niveau de vie des Malgaches monte au plus vite,a-t-il déclaré. Cependant, Washington juge l'accession au pouvoir du nouveau président malgache non-démocratique tandis que la Communauté de développement d'Afrique australe ne reconnaît pas son autorité.
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♦ Michèle Rakotoson est auteur de plusieurs pièces de théâtre qui sont jouées sur scène en Afrique, en Europe et
en Amérique. Sambany (1982), par exemple, raconte l'itinéraire d'une femme stérile et de sa révolte ; pièce écrite en versions différentes (en français et en malgache),
Sambany est devenu un classique du théâtre malgache et du théâtre de femmes. |
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Nous avons choisi d'étudier deux ouvrages: |
| Dadabé |
Lalana |
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Son quatrième roman, Lalana (ce qui veut dire à la fois la rue et la loi), est le plus dense et
le plus mythique. D'une écriture magistrale, la romancière trace le parcours vers la mer de deux jeunes artistes et étudiants d'Antananarivo. Les deux amis de trente ans errent vers la
mer, l'un d'eux, atteint du SIDA, voudrait mourir. Un voyage à la recherche de la mémoire, une plongée dans l'univers et les croyances malgaches. Tout au long de leur voyage, l'auteure
évoque la capitale et les paysages du pays, accompagnant ses héros de fantômes ancestraux, non sans une certaine révolte dans l'évocation des injustices raciales et sociales du pays, et
de la dégradation de son environnement naturel. Elle nous fait découvrir Madagascar, ses paysages, ses coutumes, ses croyances, ses interdits et ses mythes, très présents chez les
malgaches, qui guident les deux amis dans leur voyage vers la mer. Un poids de la tradition et des croyances également présent chez les individus en marge de la société, comme Rivo
artiste homosexuel atteint du Sida. On découvre que la religion et les sectes sont très présentes dans la société malgache, souvent considérées par la population comme le seul exutoire à
la misère. Michèle Rakotoson estime que ces croyances peuvent parfois être un frein au développement du pays, comme on le retrouve dans le chapitre 15, lorsque Naivo pense que les
croyances des malgaches les empêchent d’être de bons économistes, de se développer, ....pourquoi s’étonnent-ils de leur sous-développement, alors qu’ils l’entretiennent? |
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"... Moi, le soir, je me racontais Dadabé, j'aimais Ambatomanga car il y
avait Dadabé, qui pour moi était grand, qui pour moi était très fort. Pour l'enfant que j'étais, il luttait contre le dragon, il luttait contre l'ombre, il luttait contre la mort car il
était médecin, et un médecin détenait le pouvoir de faire vivre, courir, rire, aimer, lui pouvait sauver de l'absurde, lui était Zanahary. Tous les rêves que je faisais tournaient autour
de Dadabé. Pour moi, Dieu avait son visage. Car c'est grâce à lui que je suis née. Parmi ses instruments, je reconnaissais le forceps qui était devenu un vieil ami. Dadabé l'avait utilisé
pour m'amener à la lumière, à la vie. Ma mère avait hurlé pendant trois jours mais Dadabé me sauva de la mort, du néant (p 14) |
La question du développement est présente dès le début, lorsque l’auteure décrit Antananarivo, ...capitale polluée par les voitures pourries d’Europe comme beaucoup de celles du Sud, où il y a cette odeur permanente de gaz délétères […] cette poussière rouge noircie par les gaz d’échappement et la suffocation permanente de cette ville (chapitre 1). À de nombreuses reprises, on découvre le rapport délicat entre ville et campagne. Les paysans pauvres et sans terre décident d’envoyer leurs enfants étudier en ville, afin de leur offrir un avenir meilleur, qu’ils ne deviennent pas des valala mpiandry fasana, des pauvres ouvriers agricoles, qui travaillent une terre qui ne leur appartient pas, des exclus du Sud, des descendants d’esclaves… Ainsi ils obtiendront un diplôme, donc un bon travail et une meilleure condition que leurs parents, sauf que ce n’est qu’illusions, ...elle les a brûlés, la ville, avec ses tentations, sa démesure, ce vertige qu’ils n’arrivaient pas à suivre, les rendant plus pauvres encore. Mais les diplômes ne servent à rien aux descendants d’esclaves, dans une société où tout leur est fermé. Les étudiants pauvres sont alors rejetés hors de la capitale sur une colline, parqués par ethnies.
A travers ce roman, on découvre que, tout comme ces deux étudiants, les jeunes malgaches sont conscients de leur condition ...nous allons tous crever, oui, nous les oubliés de Dieu, les oubliés de tous, ceux que tout le monde a oubliés, dans la fange, dans la boue, à pourrir sur place, en répétant en choeur les cours assénés sur le développement (page 16). Ils rêvent alors d’autres lieux loin de la misère, et si pour cela la seule solution est d’obtenir un visa pour la France, seul ailleurs possible, les jeunes malgaches sont près à tout pour quitter leur condition quitte à épouser un vasaha(blanc), comme Saroy. Dans ce pays du Tiers Monde, il est difficile pour la jeunesse de rester optimiste face l'avenir. ... Elle est là, son incapacité profonde à vivre, à être heureux. Il y a les causes objectives, l'absence d'avenir, le chômage, la récession économique, la colline ou souffle l'esprit, mais il y a aussi la blessure profonde, la douleur qui ronge et ne donne aucun repos, cette image d'un soi mutilé, laid, cette image de poussière et de cendre, cette image de vaincu. Il le sait, Naivo, au fond de lui, que c'est cette blessure-là qui fait le plus mal, se faire renvoyer tout le temps à la figure l'image d'une génération perdue, fichue, portrait véhiculé à force de médias, de journaux, de discours, de sermons, et internationalisé : on les voit foutus, on les dit foutus et ils se sentent foutus. Jeunes gens pauvres du Tiers-Monde? Ou pauvres jeunes gens du Tiers-Monde? Seuls les rebelles s'en sortent, et encore, les rebelles qui ont papa ou maman qui les tiennent à bout de bras. (p 104)
M. Rakotoson évoque les rapports de force et de domination qui existent au
sein de la société malgache, hérités de la période coloniale, des réflexes de soumission tellement ancrés…(p15). Le voyage de Rivo et Naivo vers la mer s’inscrit un peu comme un
voyage à la recherche de leurs ancêtres. Avec eux, on découvre leur histoire ainsi que celle de tout un peuple et de son île... Dans cette ville, il fallait avoir une famille de
référence pour pouvoir exister, des ancêtres reconnus, une généalogie digne de ce nom (p 41). |
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