Lundi 10 août 2009 1 10 /08 /2009 07:54

LES LITTERATURES DES SUDS COMME MARQUEUR DE L'UNIVERSEL


PASSER LES FRONTIERES AVEC DES AUTEURS ,  v.article

UNE RENCONTRE DE TROIS ETUDIANTS NANTAIS AVEC NAGUIB MAHFOUZ
 




MAHFOUZ

Naguib

Né le : 11.12.1911

A : Le Caire

Mort le : 30.08.2006

A : Le Caire

Ecrivain Arabe

Prix Nobel de littérature en 1988






Biographie – Chroniques d’un écrivain cairote

Né en 1911 dans un quartier populaire du Caire, Naguib Mahfouz grandit dans une famille de la petite bourgeoisie cairote. Il entre très tôt dans le monde de l’écriture en  s’y lançant dès 17 ans. Il fait des études de philosophie à l’université du Caire et publie ses premiers essais dans des revues littéraires durant les années 30. Il se consacre par la suite à l’écriture de romans sur l’histoire de l’Egypte.



On peut distinguer quatre grandes périodes littéraires.

-1ère période : Le roman pharaonique - L’histoire antique a perdu son public

Son premier vrai projet, dans une volonté de réécriture de l’histoire égyptienne et notamment pharaonique, connaît un relatif échec. Ce thème caduc va finalement être rapidement renvoyé par l’auteur dans un sarcophage.

-2ème période : Le réalisme - Retour vers le futur

Dans le contexte de la seconde guerre mondiale qui affecte durement l’Egypte, Mahfouz abandonne donc le projet précédent pour se replonger dans le nouveau Caire, en brossant le portrait d’une société égyptienne contemporaine. Le public et la reconnaissance critique tardent malgré tout à venir.

-3ème période : Philosophique et politique – La maturité d’une écriture engagée

C’est après la révolution sanglante de 1952 que Mahfouz va véritablement être reconnu avec l’achèvement de l’immense trilogie de plus de 1500 pages, Impasse des deux palais, Le Palais du désir, Le Jardin du passé, publiée en 56-57. Il va également s’employer à l’écriture de scénarii, un genre plus lucratif.

Mahfouz est en phase avec la nouvelle donne politique issue du changement de régime de 1952 et avec un mouvement littéraire et artistique qui privilégie le réalisme sous toutes ses formes. Il écrit pendant cette période les romans les plus importants de sa carrière, notamment, Le Mendiant (1965) et  Le Jour de l’assassinat du leader (1985) sur lesquels nous reviendrons par la suite.
 -4ème période : Théâtre & Nouvelles

Mahfouz, au sommet de son art, renoue avec le vieux Caire de son enfance, sa source d’inspiration favorite. Il écrit également des pièces de théâtre en un acte et des nouvelles comme par exemple Le Voyageur à la Mallette (1992) notre dernier objet d’étude.



Contexte:
La littérature nationale coulée dans des moules occidentaux. Celui que l’on appelle désormais le Zola du Nil, a bénéficié d’un soutien politique avec Mohammed Husayn Haykal qui prône l’émergence d’une littérature nationale comme indicateur de développement, pour ainsi, se placer au niveau de l’Occident. Ce levier qui a propulsé Naguib Mahfouz sur le devant de la scène égyptienne, lui a permis par la suite de s’émanciper dans ses écrits, et de prendre position sur les divers événements politiques et sociaux qui ont marqué son époque. Lors de la révolution de 1952, thème très présent dans ses oeuvres, Mahfouz était d’abord satisfait, mais il est vite désenchanté par la tournure que prend la politique égyptienne…

« Rien n’avait changé dans ma vie, mais ce fût comme si quelqu’un de cher avait disparu. La société que je sondais était morte et moi avec elle. Ce furent des années affreuses. » Naguib Mahfouz


Il prend également position en faveur de la normalisation des relations des Pays arabes avec Israël et critique les politiques des dirigeants israéliens et américains pour affirmer une littérature engagée et juste.

 

Le Mendiant (1965)  
 Le Mendiant, Extrait chapitre 10 p. 85

« ... Il était prêt à tout lui donner, à condition qu’elle se libère d’un amour mort. Oui, il y a bien une femme puisque tu tiens à le savoir.
La répulsion avait poussé sur le sol marécageux de la morale traditionnelle et de la fadeur du quotidien. La fortune, le succès social? Plus rien à espérer de ce côté-là. Tout avait moisi. Il se sentait comme enfermé dans un récipient plein d’un liquide putride. Son coeur était encombré de mauvaises graisses, engourdi d’abrutissement. La fleur de la vie était fanée, elle avait perdu tous ses pétales, un à un, pour finir à la poubelle. »

Le Mendiant relate la vie d’un avocat du Caire de 45 ans souffrant d’une apathie, son manque d’envie, de passion, de folie…bref la vie. Ce roman n’est rien d'autre qu’une satire de la société et des nouvelles réalités sociales, il tente de faire réfléchir le lecteur sur les grandes questions existentielles: «Ne vivons-nous pas, tout en sachant que Dieu peut mettre un terme à notre vie à n’importe quel moment?». Cette question redondante peut être considérée comme la base philosophique de cette oeuvre. A travers elle, Mahfouz tire les traits de la bourgeoisie égyptienne de manière satirique. L’élévation dans la hiérarchie sociale n’est pas obligatoirement source d’épanouissement personnel. En effet, le personnage n’est que le reflet d’une nouvelle société de consommation, toujours de plus en plus exigeante, ayant des besoins et des envies de plus en plus démesurés. Finalement, l’argent fait-il le bonheur? Faut-il des échecs dans notre vie pour aspirer de nouveau à quelque chose? L’auteur nous interpelle alors sur le développement personnel idéal pour chacun de nous.


 

Alwan Fawâz Mohtachemi,
Extrait p.19

Le jour de l’assassinat du leader (1985)

«... Trois ans ont passé, nous avons passé le cap des vingt-six. J’étais amoureux, je suis devenu accablé, empêtré, responsable. Maintenant, nos rencontres ne sont plus faites de confidences, mais de discussions qui nous immergent ou peu s’en faut, dans le champ clos des questions pratiques. L’appartement.. le mobilier, les charges de la vie à deux… aucune solution pour elle, aucune solution pour moi: nous n’avons, en tout et pour tout que l’amour et l’obstination.
J’ai fait ma demande en
mariage à l’époque de Nasser et la vérité nous a pris de plein fouet à celle de l’Ouverture. Nous avons plongé dans un monde
en folie. Même l’exil ne nous ouvrirait rien.
Entre la philosophie
et l’histoire, le rêveur et le rêvé ont perdu leurs forces. Nous ne sommes d’aucune nécessité. Et combien d’autres aussi peu
nécessaires que nous! »

Ce livre raconte l’histoire de trois égyptiens issus de la classe moyenne et confrontés aux politiques du pays. Chacun de ces personnages est confronté aux difficultés de la classe moyenne égyptienne durant la période de l'«Ouverture» mise en place par le président Sadate durant son mandat. Une histoire d’amour entre deux des personnages principaux constitue la trame principale de l’histoire dont l’issue tragique n’en est que plus liée à la situation politico économique de l’Egypte.
À travers ce roman, Naguib Mahfouz peint un tableau noir et pessimiste de la réalité endurée par le peuple égyptien durant cette période et jusqu’à l’assassinat de Sadate. L’auteur veut à travers les pérégrinations de ces personnages mettre en exergue les difficultés du peuple subissant une politique fortement décriée dans ce livre. Le dénouement de ce roman en est la principale marque et celui-ci est directement lié à la fin tragique que connaît la politique de Sadate qui subira un tournant lors de son assassinat le 6 octobre 1981.
Ce livre est également constitué de quatre nouvelles où Naguib Mahfouz veut, à travers chacune d’entre elles, faire ressortir une morale. On remarque également la place très importante de la religion dans ces différents écrits avec notamment l’omniprésence d’extraits du Coran. Cela est également lié au fait que chacune de ses nouvelles a un rapport avec une intervention surnaturelle, où ces histoires se situent au croisement de la réalité et du divin.



Le Voyageur à la Mallette (1992)

Rêves en conflit
Extrait p.26

Ce livre est en fait composé de quatre nouvelles dans lesquelles Mahfouz aborde une étude de la société égyptienne, et plus particulièrement cairote, à travers des pans de la vie quotidienne. Les personnages et les situations toutes plus banales les unes que les autres, amènent le lecteur à lire entre les lignes pour apercevoir en filigrane un tableau assez noir de la société, sciemment brossé par l’auteur et délibérément laissé au second plan. On retrouve ainsi le thème récurent de la Révolution et du changement de régime dans le « background » des protagonistes, un évènement qui a particulièrement marqué Mahfouz. Ainsi, il utilise ces nouvelles pour donner au lecteur un bref aperçu de la société cairote et l'impression de la voir, avec un certain sentiment d'intimité, par ce trou de serrure que constitue la vie des personnages.

« ... La Révolution avança dans sa voie bien connue, et l’ordre social en Egypte fut sensiblement modifié, ouvrant des perspectives d’espoir à des gens comme nous.
Longtemps, je ne vis plus mon ancien ami. Je pensais pourtant à lui à maintes occasions, comme celles de la réforme agraire, des nationalisations, du séquestre ou de la confiscation de biens ; événements qui furent marqués de fermeté et qui donnèrent souvent lieu à la satisfaction des uns, voire à la folie revancharde des autres.
Il n’était pas facile, pour une foule de gens, d’oublier les siècles où le pays était asservi au profit d’une minorité de ses citoyens. Où se trouvait donc l’injustice lorsque les opprimés s’élevaient et que les oppresseurs s’effondraient ?... »

 

Par Dorian Geneteau - Pierre Lemonnier - Pierre de Renty - Publié dans : Littérature des Suds - Communauté : melting pot
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