LES LITTÉRATURES DES SUDS COMME MARQUEUR DE L'UNIVERSEL
PASSER LES FRONTIÈRES AVEC DES AUTEURS , v.article
UNE RENCONTRE DE TROIS ETUDIANT-E-S NANTAIS-E-S, AVEC AMADOU-HAMPÂTE-BÂ
AMADOU-HAMPÂTE-BÂ est
présenté comme un écrivain, poète, conteur, ethnologue et historien. Né au Mali, à Bandiagara plus précisément, il est issu d’une famille noble peule. Les Peuls ou Foulani constituent
l’ensemble des populations -d’éleveurs principalement- du groupe atlantique occidental. Ces populations sont dispersées dans toute l'Afrique occidentale sahélo-soudanienne, du Sénégal au Cameroun
et représentent environ 12 millions d'individus. Elles attirent l'attention des voyageurs européens.
Hampâté Bâ va très vite fréquenter, au cours de son enfance et de son adolescence, l'école française de Bandiagara, tout en suivant des cours dans une école coranique, celle fondée par Tierno
Bokar (1875-1939) qui apparaîtra comme son père spirituel.
«En Afrique, un
ancien qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle»
Amadou-Hampâté-Bâ,
1962
Une double culture est inculquée à Hampâté Bâ. Très vite il va jouer un rôle important dans l'administration coloniale de l'Afrique de l'ouest. Il est affecté à Ouagadougou
, puis occupe plusieurs postes en Haute-Volta -l'actuel Burkina-Fasso- entre 1922 et
1932, et enfin à Bamako jusqu'en 1942.
En 1942, sous l'impulsion de Théodore Monod(1) , il va faire son entrée à l'IFAN de Dakar. Cette rencontre avec Théodore Monod sera décisive, car
il va alors se tourner vers l'écriture.
(1) naturaliste français, né à Rouen en 1902 et décédé à Versailles en 2000. Directeur de l'IFAN, Institut français d'Afrique noire (1938-1965),
il fut un explorateur infatigable du Sahara où il effectua de nombreuses observations
scientifiques.
Ainsi, Amadou-Hampâté-Bâ va-t-il transcrire et expliquer les traditions de
la littérature orale ouest-africaine, en effectuant enquêtes ethnologiques et compilations écrites de traditions orales.
«... Les peuples de race noire n'étant pas des peuples d'écriture, ils ont
développé l'art de la parole d'une manière toute spéciale. [..] Combien de poèmes, d'épopées, de récits historiques et chevaleresques, de contes didactiques, de mythes et de légendes
au verbe admirable se sont ainsi transmis à travers les siècles, fidèlement portés par la mémoire prodigieuse des hommes de l'oralité, passionnément épris de beau langage et presque tous
poètes !» (1985, Lettre à la jeunesse).
En 1960, date de l'indépendance du Mali, il fonde l'Institut des Sciences Humaines à Bamako. Il représentera son pays lors de la Conférence générale de l'UNESCO la même année, au sein du Conseil exécutif de l'organisme, il va attirer l'attention sur la fragilité de la culture ancestrale
africaine. C'est le sens de la déclaration que nous avons mis en valeur plus
haut. Cette phrase a fait le tour du monde, elle fût dans bien des cas, déformée.
Hampâté Bâ est un inconnu, ou pour le moins, l'auteur d'une oeuvre assez méconnue du grand public. En 1966, il participe à l'élaboration d'un système visant à transcrire les différentes langues africaines. Dès lors, il va se consacrer à l'écriture et à ses différents travaux
de recherche. Il s'installe alors à Abidjan, en Côte d'Ivoire. Il mettra en lien ses archives sur les traditions orales de l'Afrique de l'ouest, ainsi que les recherches qui vont alors constituer
l'essence même de son oeuvre.
Il décèdera en mai 1991 à Abidjan.
Commentaires
Oriane: Ce qui surprend à la lecture de ces contes, c'est la précision et la clarté des morales qui s'en dégagent. Une véritable leçon de
vie.
Raphaël: Les hommes écrivent leur passé, parfois oui.. mais l'homme
africain, lui, il le transmet, le diffuse à travers ses pensées, ses mots, ses actes, grâce à son oeuvre.... C'est aussi cela que nous dévoile Hampâté Bâ.
Simon: Pour résumer mon sentiment en une phrase, j'utiliserais une
image: ce livre m'apparaît comme une pierre précieuse aux multiples facettes qui seraient l'humour, le dépaysement, la réflexion et le divertissement et qui sont toutes essentielles à l'éclat de
l'ensemble.
L'extrait ci-dessous est la fin du conte :
Il n'y a pas de petite querelle.
«… Quarante jours après le décès, moment où l'âme
des défunts est censée se libérer des derniers liens qui la retiennent encore dans le monde terrestre, des gens arrivent de tous les villages avoisinants pour participer à la grande cérémonie du
quarantième jour. Pour nourrir tout ce monde, le chef de famille est obligé de sacrifier le bœuf. Avant de mourir, celui-ci lance au chien:
- Ah! Chien! Si seulement j'avais accepté de m'occuper de cette querelle de lézards !
Plein de pitié, le chien pousse un grand soupir. Mais lorsqu'un peu plus tard on lui apporte une énorme part d'os et de morceaux de viande, il les dévore sans façon...
Ainsi, à cause de la bataille de deux petits lézards pour une mouche morte, modeste
querelle dont personne ne voulut s'occuper, non seulement nos fiers amis le coq, le bouc, le bœuf et le cheval y laissèrent la vie, mais il en résultât un incendie, et une mort qui endeuilla
toute la maisonnée... Seul le chien, fidèle à son devoir, sortit indemne de cette tourmente, et y trouva même une récompense inattendue."
Comme dans chaque conte du recueil, nous découvrons la morale précise de celui-ci, la volonté de l'auteur, celle d'apprendre à ses lecteurs, des valeurs humaines. Nous noterons qu'ici les animaux sont utilisés pour faire passer le message aux humains. Chaque animal a un trait de caractère propre.
Nous avons choisi cet extrait car nous y trouvons tous les personnages, et évidemment la finalité de l'évènement relaté,
et surtout la morale que l'auteur a voulu mettre en exergue. La principale morale à retenir est qu'un petit rien, peut tuer. En effet, ici une simple querelle entre deux lézards va
entraîner la mort d'une personne.
Ce conte sert à illustrer, en Afrique, l'adage : il n'y pas de petite querelle, comme il n'y a pas de petit incendie. Nous trouvons aussi, la mise en avant de la fidélité du chien envers
son maître. Cette fidélité lui sauve la vie. La mauvaise volonté et la flemmardise des autres animaux les mèneront vers un tout autre chemin, celui de la mort. Dans cet extrait, nous pouvons
comprendre ce que l'auteur a voulu nous dire à nous, ses lecteurs :
|
«... Dès que vous assistez à une querelle, aussi minime soit-elle, séparez les combattants et faites tout pour les réconcilier! Car le feu et la querelle sont les deux choses qui, sur cette terre, peuvent mettre au monde des enfants plus colossaux qu'eux-mêmes : un incendie ou une guerre.» |
|
«Je suis un diplômé de la grande université de la Parole, enseignée à l'ombre des baobabs » Amadou-Hampâté-Bâ |
Extrait du
conte:
Le roi qui voulait tuer tous les vieux,
ou Nul ne peut voir tout seul le sommet de son crâne
« ... Si vous me dites la vérité, ajouta le roi, je ne vous ferai aucun mal. Moi M'Bonki, roi du pays de Toula-Heela, je déclare sur les mânes de mes ancêtres que si l'un de vous a caché son père
quelque part, il peut me l'avouer sans crainte. J'accorderai la vie sauve au vieil homme. Mieux même, je lui donnerai une place d'honneur auprès de moi, car je viens de comprendre qu'un roi
dépourvu de vieux conseillers est semblable à une force aveugle qui cogne sans mesure et va droit au suicide. Voyager par une nuit obscure n'est pas
dépourvu de danger; or, un pays privé de vieux sages est comme un voyage par une nuit sans lune. Que celui qui a sauvé son père me
parle donc sans inquiétude.»
Amadou-Hampâté-Bâ reprend ici un thème très présent dans de nombreux contes
africains, c'est à dire l'importance que tiennent les anciens au sein des communautés africaines.
Au travers de ce conte, et particulièrement de cet extrait qui apparaît comme une morale, il met en avant la nécessité pour
toute personne ayant à prendre des décisions, de se référer au Conseil des Anciens qui possèdent la sagesse et le recul de par leurs expériences vécues. Le rapport aux enfants fait
aussi apparaître la nécessité et l'importance de la transmission des savoirs et des vécus, des anciens vers les plus jeunes.
Une des particularités d'Amadou-Hampâté-Bâ est de faire passer des messages
importants au travers de contes divertissants, dans un style très agréable à lire. Dans ses différentes nouvelles, aux thèmes variés, on découvre quelques pans de la culture
africaine.
Derniers Commentaires