Samedi 3 octobre 2009 6 03 /10 /2009 16:00

  « La vie se donne comme les arbres donnent des fruits … »

Nous sommes tous nés du ventre d’une femme, d’où vient alors, qu'issues des sables du désert ou nées dans nos glorieuses métropoles, les femmes doivent encore et toujours lutter pour que les sociétés dans lesquelles elles vivent leur reconnaissent une égale dignité avec les hommes ?

Pierre-Yves Ginet a parcouru 17 pays pour rendre compte de ce combat et ses photos, rassemblées en exposition, ont déjà fait leur tour de France. Les voici devenues livre. Les femmes qu'il a retenues dans son objectif ne subissent pas, elles résistent, elles affrontent oppressions et cataclysmes humanitaires avec pour arme la force de leur caractère. 


 
Editions Verlhac,280 pages (25 x 29 cm), 37 €.  




Un livre que l'on regarde. Le texte est juste là pour situer les lieux et les personnes. Pas d'analyses, ce sont les visages qui parlent. Mais rien qui puisse parler à ce point sans le travail remarquable du photographe, donnant à voir d'un seul regard drames collectifs et personnels: la tragédie palestinienne avec ses femmes debout, obligées à des attentes interminables sous un soleil de plomb pour passer les contrôles; une manière de photographier cette avocate kurde, Eren Keskin, telle une sentinelle vigilante derrière son lourd rideau, comme appliquée à surveiller les exactions perpétrées envers les prisonnières qu'elle s'obstine à défendre, malgré pressions et harcèlements; gros plan sur les responsables de l'association Djazaïrouna, qui se met au service des victimes de la guerre civile entre islamistes et pouvoir algérien (7.000 personnes exécutées dans la seule région de Blida).

Elles sont des soeurs en résistance, les nonnes tibétaines qui combattent pour la liberté de leur peuple, les mères de la place de Mai de Buenos-Aires avec leurs trente années de folie, les pacifistes israéliennes, les militantes d'Angola face au SIDA, tant et tant d'autres.

 

Au camp de Sissi au Soudan, les femmes se font régulièrement agresser et violer. C'est ce que nous disent les yeux de cette jeune femme. Mais dans ses bras, l'enfant est serein, sa mère le protège.  

 

336.000 femmes stérilisées contre leur gré au Pérou entre 1995 et 2000, en majorité des villageoises amérindiennes.

Ce ventre d'une femme de la communauté de Compone accuse : honte à ces médecins soumis provoquant la stérilité de femmes sans se préoccuper de la stérilité de leurs instruments.

Aujourd'hui, les insoumises d'Anta ne réclament pas d'argent, seulement que soit reconnue la douleur de leurs corps et de leurs êtres mutilés et qu'elle cesse.

 

Dans leur dénonciation de tous ces crimes contre le corps des femmes pris comme champ de bataille, les Femmes en Résistance du bout du monde rejoignent les analyses critiques que la philosophe Sylviane Agacinski fait aujourd'hui en France à propos des mères porteuses : les femmes ne sont pas des outils vivants, elles ne sont à la disposition de personne:
"... La barbarie a toujours été moderne, toujours nouvelle, toujours actuelle. Nous progressons parfois vers elle, sans le vouloir, aveuglés par les "progrès" de la puissance technologique et les ruses du marché. " - Corps en miettes, 2009 Flammarion.



Achetez l'ouvrage de Pierre-Yves Ginet, laissez-le entre les mains de vos fils et de vos filles, il leur fera reconnaître toutes les formes de barbarie dont nos sociétés sont capables aujourd’hui. Il leur fera mesurer combien l'apport des femmes est essentiel pour les combattre:
…c’est toujours au présent qu’il faut se demander ce que veut dire vivre dans la dignité, la respecter chez l’autre et en soi-même. »

Par Colette Tournès - Publié dans : Lire écrire échanger - Communauté : Vers un "Nouvel Humanisme" ?
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